mardi 13 janvier 2009

À écouter, comme si on y était....

Parfois - non, souvent! - on fait des trouvailles étonnantes sur Internet. J'ai découvert il y a quelques jours le site de WGBH, une radio publique (soutenue principalement par les dons des auditeurs, donc) de la région de Boston. La station propose un concept assez unique de concert/rencontre devant public, dans un studio spécialement aménagé, instrument magnifique (un Steinway acquis il y a peu) à la clé.

Lors de l'émission, l'artiste invité offre un concert d'une quarantaine de minutes, généralement, présenté en trois segments, intercalés de discussions avec l'animatrice Cathy Fuller qui, en deux ou trois phrases particulièrement éclairantes, réussit à mettre son invité du jour en toute confiance. On peut réécouter les anciennes émissions en ligne, à la demande, selon le répertoire ou l'interprète qui nous intéresse (ou simplement dans l'ordre présenté). Ce matin, j'écoute la pianiste Ursula Oppens expliquer en toute simplicité la musique d'Elliot Carter, dont on célébrait le 100e anniversaire de naissance en 2008. Éclairant!

À découvrir ici, sans hésitation (entrevues en anglais, évidemment, mais la musique reste un langage universel).

vendredi 9 janvier 2009

Seul le silence

Seul le silence m'a été offert en cadeau d'anniversaire et, jusque là, je n'avais rien lu dans les médias imprimés ou sur les blogues à son sujet (puisque ce titre est le premier à être traduit). Ne levant certes pas le nez sur un petit polar de temps en temps, je me disais que je pourrais m'offrir une lecture « légère » pendant le temps des fêtes. Dès les premières pages, j'ai compris que ce ne serait pas le cas, que le livre serait beaucoup plus qu'un simple thriller qui tente de dénouer les fils qui lient une dizaine de meurtres de petites filles particulièrement sordides. Déjà, j'avais noté des passages, saisie par la maîtrise avec laquelle l'auteur suscitait des images fortes. « Je me tus. Les mots avaient jailli comme un torrent. Lorsque je m'en aperçus, ils étaient déjà loin et la poussière qu'ils avaient soulevée dans leur sillage me brûla la gorge et me fit tousser. » (p. 34)

Le roman est sombre mais le noir s'y décline ici en une sorte de camaïeu. R. J. Ellory dépeint avec autant d'attention les paysages, les lieux que les conflits intérieurs du personnage principal, Joseph Vaughan, victime de ses souvenirs, de ses démons, de la fatalité, d'un système de justice particulièrement aveugle. La mort le suit, il le sait et tente de s'en libérer, à travers un déménagement newyorkais, l'écriture de ses livres, les amitiés et les amours qu'il noue.

Ellory signe ici non seulement un roman policier mais bien une oeuvre littéraire, véritable récit d'apprentissage d'un enfant qui se mue sous nos yeux progressivement en homme rompu par le destin mais aussi en écrivain - ce qui permet éventuellement un astucieux jeu de miroirs, le roman s'écrivant presque littéralement sous nos yeux. « Ce ne fut que plus tard que je compris que les deux étaient liées: l'expérience, façonnée par l'imagination, devenant de la fiction, et la vie, vue à travers le prisme de l'imagination, devenait une chose que l'on pouvait mieux tolérer et comprendre. » (p. 165) Même si les règles du genre nous poussent à vouloir identifier le coupable, j'ai été beaucoup plus fascinée par la peinture d'époque et le parcours du personnage principal. Un auteur au parcours plus qu'éclectique auquel je retournerai sans nul doute.

On peut lire son blogue ici...

mercredi 7 janvier 2009

Nicolas Gilbert: une rencontre

J'ai eu le grand plaisir de rencontrer Nicolas Gilbert il y a quelques jours. Jeune compositeur particulièrement en demande, tant ici qu'à l'étranger, il est aussi romancier et notre Recrue du mois de janvier. Je vous reparlerai de mes impressions de lecture la semaine prochaine (le 15) mais je vous propose de le connaître un peu mieux à travers cette entrevue, à lire ici...

Si vous préférez découvrir le compositeur, je ne saurais trop vous recommander d'aller fureter du côté du Centre de musique canadienne qui, depuis quelques semaines à peine, offre une série d'enregistrements archivés, puisés le plus souvent des les coffres de notre radio d'état. Pour y accéder, il faut s'inscrire mais le tout est gratuit et, en quelques secondes, vous pourrez accéder à des heures de musique et d'entrevue. La page de Nicolas Gilbert du CMC est ici...

mardi 6 janvier 2009

Boum, c'est reparti!


Retour au boulot hier, même si je ne l'ai pas tout à fait oublié pendant le (court) congé. En effet, j'avais à l'agenda deux entrevues (l'une avec Nicolas Gilbert l'auteur, que vous pourrez lire demain et l'autre avec le pianiste Marc-André Hamelin) mais aussi, je devais me préparer pour relever hier matin, première heure (8 h 07 précisément), un nouveau défi. (Oui, je sais, c'est chronique chez moi, je suis incapable d'y résister!) J'ai en effet accepté de remplacer, en plein milieu d'année, le professeur du cours Médias et journalisme au Collège Sainte-Anne de Lachine. Quatre périodes par cycle de sept jours, une classe de 33 étudiants en Secondaire V, un programme à monter de A à Z (ou si vous préférez, de G à Z), un univers que je connais assez bien mais de façon surspécialisée que je dois présenter à des néophytes, des lectures multiples à faire: tout ceci a sérieusement empiété sur mon temps de lecture « pour le plaisir ». Mais, non, rien, rien de rien, je ne regrette rien (ou peut-être quelques heures de sommeil perdues, tout au plus).

Je m'en voudrais toutefois de passer sous silence un délicieux petit bouquin, Les Arts plumitifs, du dessinateur Tesson, cadeau offert par une amie française (qui n'a pas résisté elle non plus au charme des dessins et au savoureux des vignettes et s'en est donc également procuré un exemplaire). Un pur régal!

On peut feuilleter les pages de ce livre sur le site de l'auteur. À découvrir ici...

dimanche 4 janvier 2009

Horloge mondiale

Saisissant, tout simplement... Non, cela n'a rien à voir avec les différents fuseaux horaires mais bien avec l'état de la planète, seconde par seconde... Allez jeter un coup d'œil, vous resterez saisi. Certains chiffres sont proprement affolants. À vivre ici...

vendredi 2 janvier 2009

Liste lectures 2008

Tournant d'année oblige, voici le temps venu de l'archivage. Vous trouverez ici les titres lus en 2008 (77, excluant ouvrages musicologiques, mais je pourrais avoir omis un ou deux recueils de poésie), en ordre alphabétique d'auteur et leur cote (de 1 à 5 étoiles, le maximum atteint cette année étant ****1/2). En cliquant sur les titres surlignés, vous pouvez accéder à mes commentaires de lecture à leur sujet. On repart à neuf!

Stéphane Achille, Balade en train assis sur les genoux d'un dictateur ***
Gilles Archambault, Les rives prochaines ***
Alessandro Baricco, Cette histoire-là ****
Alessandro Baricco, Constellations ***
Jean-François Beauchemin, Ceci est mon corps ***
D.Y. Béchard, Vandal love ****
Katia Belkhodja, La peau des doigts ***
Tonino Benacquista, Malavita encore ***1/2
Florence Ben Sadoun, La fausse veuve *** 1/2
Philippe Besson, Son frère ***
Jean-Philippe Blondel, This is not a love song ***1/2
Nicole Blouin, La route du sabre ***
Anne Bonhomme, La suppléante ***
Hugo Boris, Le baiser sur la nuque ***1/2
Pascal Bruckner, Mon petit mari ***1/2
Nicolas Cauchy, La véritable histoire de mon père ****
B. Chovelon et C. Abbadie, La chartreuse de Valldemosa ***
Guillaume Corbeil, L'art de la fugue ****
Johanne Alice Côté, Mouvement d'indienne ***
Philippe Delerm (photos Martine Delerm), Traces ***
François Désalliers, Un monde de papier **1/2
Delphine de Vigan, No et moi ***1/2
David Dorais et Marie-Ève Mathieu, Plus loin **1/2
Annie Dulong, Autour d'eux ***1/2
Jean Eschenoz, Ravel ***
Sébastien Filiatrault, Le chef-d'oeuvre ***

Aurélie Filippetti, Un homme dans la poche ***
David Foenkinos, Qui se souvient de David Foenkinos ***1/2
Dominique Fortier, Du bon usage des étoiles ***
Sébastien Fritsch, Le sixième crime *** 1/2
Claudie Gallay, Seule Venise ***1/2
Éric Genetet, Le fiancé de la lune **1/2
Nicolas Gilbert, Le récital *** 1/2
Nadia Gosselin, Dans la gueule du loup ***
Barbara Gowdy, Les romantiques *** 1/2
Julie Gravel-Richard, Enthéos *** 1/2
Mélanie Gélinas, Compter jusqu'à cent ***1/2
Rawi Hage, Parfum de poussière ***
Peter Hoeg, La petite fille silencieuse ****1/2
Thierry Jonquet, Mygale ***
Emmanuel Kattan, Nous seuls ***1/2
Naïm Kattan, Écrire le réel ***1/2
Joseph Kessel, Le lion ***
Nicole Krauss, L'histoire de l'amour ****
Lang Lang avec David Ritz, Le piano absolu ***
J.M.G. Le Clézio, Diego et Frida ***
Harper Lee, To Kill a Mocking Bird *** 1/2
Annie L'Italien, Petit guide de l'orgueilleuse (légèrement) repentante ***
Tomas Eloy Martinez, Le chanteur de tango *** 1/2
Catherine Mavrikakis, Deuils cannibales et mélancoliques ***
Catherine Mavrikakis, Le ciel de Bay City ****
Catherine Mavrikakis, Omaha Beach ***1/2
Patrick Modiano, Dans le café de la jeunesse perdue ***1/2
Alfred de Musset, Lettres à George Sand *** 1/2
Emmanuelle Pagano, Les adolescents troglodytes ****
Véronique Papineau, Petites histoires avec un chat dedans (sauf une) ***
Daniel Pennac, Chagrin d'école ***1/2
Sergio Pitol, Nocturne de Boukhara ***
Jacques Poulin, Jimmy ***
Jacques Poulin, Le cœur de la baleine bleue ***1/2
Sandra Rompré-Deschênes, La maison mémoire ***
J.D. Salinger, L'attrape-coeurs ***
Éric Simard, Cher Émile ***
Neil Smith, Big Bang (Big Crunch) *** 1/2
Valérie Tong Cuong, Providence ***
Lise Tremblay, La soeur de Judith ***
Tassia Trifiatis, Judas ***
André Tubeuf, La quatorzième valse ***1/2
Claude Vaillancourt, L'eunuque à la voix d'or ***
Claude Vaillancourt, Réversibilité ***
José Angel Valente, Trois leçons de ténèbres ***
Fred Vargas, Pars vite et reviens tard ***
Chloé Varin, Par hasard... rue Saint-Denis **1/2
Jules Verne, M. Ré-dièse et Mlle Mi-bémol ***
Boris Vian, L'écume des jours ****
Thomas Wharton, Logogryphe *** 1/2

Moebius 117: Musique! ***1/2
Montréal vu par ses poètes ***1/2

jeudi 1 janvier 2009

Bonne année 2009!

Nouvelle année qui s'annonce, que je vous souhaite inspirée et inspirante. Surtout, laissez-vous toucher par la beauté du monde, même quand il crache à notre visage sa laideur. Les poètes l'ont bien compris, ont su transcender les interdits, extraire de la fange des fleurs.

Je vous propose donc, en ouverture d'année, deux extraits tirés de Plus rares sont les roses du poète Mahmoud Darwich, décédé en 2008, la voix de la Palestine, « celui qui a forgé les chants de l'exil, qui a dit le temps suspendu et dessiné les rêves, les regrets, les désirs d'une identité irréductible. » Paix aux hommes de bonne volonté.

Le dernier train s’est arrêté

Le dernier train s’est arrêté au dernier quai. Et personne
Pour sauver les roses. Nulle colombe pour se poser sur une femme en chair de parole.
Le temps s’est achevé. Le poème ne peut guère plus que ce que l’écume a pu.
Ne crois pas nos trains, ô amour, n’attends personne dans la cohue.
Le dernier train s’est arrêté au dernier quai, et personne
Ne peut retourner aux narcisses retranchés dans les miroirs de la pénombre
Où laisserai-je ma dernière description de ce qui m’est advenu comme corps ?
Est fini ce qui est fini. Où est ce qui est fini ? Où viderai-je ce qui m’est advenu comme pays ?
Ne crois pas nos trains, ô amour, les dernières colombes se sont envolées, envolées
Le dernier train s’est arrêté au dernier quai … et personne.

Quand les martyrs vont dormir

Quand les martyrs vont dormir, je me réveille et je monte la garde pour éloigner d’eux les amateurs d’éloges funèbres.
Je leur souhaite " bonne patrie ", de nuages et d’arbres, de mirages et d’eau.
Je les félicite d’avoir échappé à l’accident de l’impossible, à la plus-value de la boucherie.
Je vole du temps afin qu’ils me volent au temps. Sommes-nous tous des martyrs ?
Et je murmure : ô mes amis, laissez un seul mur pour les cordes à linge, une nuit pour les chansons.
Je suspendrai vos noms où bon vous semble, mais dormez un peu, dormez sur l’échelle de la vigne acide.
Que je protège vos rêves des poignards de vos gardiens et du revirement du Livre contre les prophètes.
Soyez l’hymne de celui qui n’a pas d’hymne lorsque vous irez dormir ce soir.
Je vous souhaite " bonne patrie " montée sur un coursier au galop
Et je murmure : ô mes amis, vous ne serez pas comme nous : corde d’une obscure potence !